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Revente des billets de concert

27/03/2019

Viagogo, Seatwave, Ticketbis... Malgré les actions au pénal de plusieurs producteurs français, le business des sites de revente de billets de concerts demeure florissant. Pour le plus grand malheur des amateurs de spectacles.

Ce 9 mars 2018, Jérémie était prêt. A 9h59, le doigt sur la souris, l’œil rivé sur le site de billetterie, il se disait que, cette fois, ce serait la bonne. Posté devant son écran à l’heure H, il était confiant, il pourrait acheter deux places pour le concert des Arctic Monkeys, le 29 mai à Paris. Mais à 10h01, alors qu’il recharge sa page pour la énième fois sur le site de billetterie paralysé par des milliers de connexions, le verdict tombe : concert complet. Il retente sa chance deux heures plus tard, pour la deuxième salve. Même résultat. Jérémie se dit que quelque chose ne tourne décidément pas rond.

Comme il a entendu parler de ces sites où l’on peut encore obtenir des billets après la vente officielle, il se rend sur Viagogo, le plus connu d’entre eux, et le premier à remonter dans Google. Surprise, on y trouve des dizaines de sésames pour le concert des Arctic Monkeys au Zénith de Paris. Non pas au prix initialement prévu par Radical Productions, organisateur du spectacle, mais deux, voire trois ou quatre fois plus cher. Comme Jérémie, nombreux sont les spectateurs qui ont dû choisir entre acheter des billets à 200 euros ou se résigner à rater le concert qu’ils attendaient tant… 

La marque des robots ?

Mais qui se cache derrière ces revendeurs de billets par lot de cinq ou dix qui prolifèrent sur ViagogoGetMeInSeatwave ou encore SubHub, et ce alors que sur Ticketmaster ou Fnac.com, les achats sont limitées à quatre billets par commande ? Pour expliquer la vente éclair des billets pour le concert des Arctic Monkeys, Christophe Davy, patron de Radical Production, avance une vieille stratégie commerciale. « On a simplement sous-jaugé la salle, pour que la demande soit supérieure à l’offre. » Stratagème classique pour créer le buzz. Mais ne pourrait-on pas y voir aussi la trace des fameux « bots »  (ou « robots »), ces logiciels automatisés utilisés par certains hackers depuis des années pour s’emparer de dizaines de places de spectacles, afin de les revendre à prix d’or sur le « second marché » ? « Aux Etats-Unis et en Angleterre, c’est certain, tranche Thomas Kouck, directeur général de Vente-privée Entertainment, filiale billetterie du célèbre site marchand. Mais en France, aujourd’hui, l’utilisation massive de bots n’existe pas. »

Le Prodiss, syndicat rassemblant trois cent cinquante producteurs de spectacles en France, dont Radical Productions, a pourtant lancé fin janvier une initiative baptisée #FanPasGogo, à destination du grand public comme des professionnels du secteur. L’objectif : lutter contre la « spéculation sur des places de spectacles revendues à des prix exorbitants (au-delà de leur vraie valeur), billets contrefaits, duplicatas du même billet revendus plusieurs fois ». Notamment visés : les sites comme Viagogo, qui« s’approvisionnent aussi en places grâce à des “botnets” technologiques et captent à grande échelle les billets mis en vente sur les sites officiels… laissant encore moins de chance aux fans d’obtenir une place à sa vraie valeur ».

Revendre oui, spéculer non

Le kit pédagogique du Prodiss, disponible sur un site dédié, s’accompagne – grande première en France – d’une plainte au pénal contre Viagogo, pour revente illicite de billets de spectacles. Le site, domicilié dans l’Etat du Delaware aux Etats-Unis, avait déjà été épinglé par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) en 2017. En France, la loi du 12 mars 2012 interdit toute revente de billets non autorisée par le producteur du spectacle, mais ne prohibe pas la revente de manière occasionnelle. « Il s’agit d’une nuance introduite par le législateur autorisant la revente dite « occasionnelle », analyse Malika Seguineau, directrice générale du Prodiss. L’idée étant de laisser la liberté au consommateur qui ne peut assister à un concert de céder sa place. En France, des sites comme Zepass ou TicketSwap permettent la revente de places à un tiers, à un prix égal ou inférieur à la valeur faciale du billet. Interdiction d’en faire un commerce lucratif, assimilé à de la fraude et passible de 15 000 euros d’amende, même si sur Leboncoin ou eBay, beaucoup s’y adonnent quotidiennement, en toute liberté.

Par son opacité, Viagogo cristallise les critiques

En Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis en revanche, le second marché est légal et autorisé depuis des années. Ce qui explique la prospérité insolente de Viagogo, leader mondial des sites de revente de billets, mais aussi de tant d’autres : GetMeIn, Seatwave (tous deux propriétés de Ticketmaster, filiale de Live Nation), SubHub ou Ticketbis (propriété d’eBay). Identité du vendeur inconnue, numéro de place non communiqué, prix flottant… Par son opacité, Viagogo cristallise les critiques et autorise tous les excès : certains internautes mettent en vente des places avant même de les détenir, sans compter les frais de dossiers surprises, qui viennent toujours gonfler un prix déjà excessif. En cas de problème (billet non reçu, ou non conforme…), le service client est souvent aux abonnés absents.

Les exemples de consommateurs floués pullulent sur les réseaux sociaux. Ces derniers sont d’autant plus nombreux que Viagogo, comme ses autres concurrents, présentent tous les atours de la fiabilité – un référencement avantageux, une grande facilité d’utilisation et une déclinaison en français. De quoi attirer les internautes les moins méfiants. Malgré la législation en France, le site, domicilié à l’étranger comme ses semblables, prospère sans avoir été jusqu’ici inquiété.

Pourquoi Viagogo prend-il la foudre en premier ? « Par rapport aux autres, Viagogo vend d’énormes quantités de billets qu’il ne délivre pas », justifie Angelo Gopee, directeur général Live Nation France, qui a également engagé une action contre le site. La faute aux bots également, qui alimenteraient le site en quantités industrielles de billets ? Contactés, des opérateurs comme la Fnac et Ticketmaster nient fermement avoir constaté l’action de tels logiciels automatisés, malgré les affirmations du Prodiss. Si leur capacité à capter plusieurs centaines de billets en quelques minutes est souvent évoquée pour expliquer les ventes fulgurantes sur certains événements, difficile de prouver leur existence. « Nous n’avons pas eu de remontées sur de telles pratiques », nous a-t-on d’ailleurs confié au sein des services de police de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC). Idem du côté de la DGCCRF. 

 

 

1 000 places pour un même homme au concert des Rolling Stones

En réalité, il pourrait s’agir de procédés bien plus artisanaux, du moins en France. Vente-privée Entertainment en a fait la récente expérience. « Pour une vente sur un concert des Rolling Stones, nous avons identifié un individu qui essayait d’acheter mille places, raconte Thomas Kouck. Sachant que le quota est limité à quatre places achetées par individu, celui-ci s’est fait passer pour deux cent cinquante personnes différentes, en utilisant pas moins de cent soixante-quatre cartes de crédit qu’il avait contractées de manière licite sur Internet. » 

Une opération de quelques heures seulement, à l’en croire, pour un individu et quelques complices. L’individu a-t-il été dénoncé à la justice? « Non, nous avons simplement annulé toutes ses transactions. » Car le procédé n’a rien d’illégal en soi. L’intéressé se serait rendu coupable d’escroquerie s’il avait ensuite effectivement revendu ces billets. Un bot aurait-il fait mieux que lui ? Thomas Kouck est catégorique : « Absolument pas. Ils font la même chose, mais de manière un peu plus rapide et industrielle. On le constate aux Etats-Unis, où l’autorisation de revente permet à certains de prospérer. »


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